lundi 6 avril 2015

Un tout petit mensonge

« Ca va ? Tu sembles triste aujourd’hui ? »

Thomas sourit en sortant de ses pensées. Bien sûr qu’il est triste. Triste de la regarder, cette amie à qui il ne peut dire ce qui le trouble depuis des mois ou des semaines.
Thomas, c’est pas le genre de garçon dont les filles tombent amoureuses. Il n’est pas sportif, ce n’est pas un battant et il est pas du genre bad boy. Non, toujours propre sur soi, il parle calmement, bégayant un peu quand on l’interrompt dans son raisonnement. Pour le reste, il est relativement bien éduqué, cultivé raisonnablement et ne semble pas avoir l’intention de faire le moindre mal à une mouche, même s’il le pouvait.
Deux grands yeux scrutent le monde, toujours tristes, derrière une paire de fines lunettes. Une bouche trop petite, un menton fuyant et une coupe trop stricte pour quelqu’un de son âge accompagnent chemise ternes et pantalons en jean. Aucun sex appeal dans ce corps mince et presque trop maigre, pâle comme un cachet d’aspirine et qui semble appartenir à un souffreteux.
Fuyant, il sourit toujours quand quelque chose ne va pas. Thomas n’est pas du genre à s’exprimer, il encaisse, comme il a toujours vu son père le faire, et sa famille. Il encaisse, jusqu’au moment où il craque, mais ses larmes, amères, il les garde pour ses nuits d’insomnie. Ou pour le moment où il explose de rage, dans un volcan de violence, qui se retourne plus qu’à son tour contre lui-même.
Egoïste, maladroit et nerveux, il semble toujours ridicule et grandiloquent. Un temps en retard, ou plutôt, pas du genre à dire ses sentiments. De peur de paraître faible, peut-être.
Alors il s’enferre et s’enferme derrière ses grands yeux tristes, il ne dit rien. De toute manière, qu’importe ce qu’il pourrait bien dire, il sait par avance que la réponse le ferait souffrir. Il n’est pas le genre de garçon dont on peut tomber amoureux. Un bon ami à la rigueur, car il sait écouter, plutôt que s’expliquer. Oui, c’est ça Thomas, un gentilhomme qui écoute, compatit sans geste, parce qu’il ne sait pas les faire. On ne lui a jamais appris à serrer quelqu’un tout contre son cœur. Il ne sait qu’être là, sans savoir comment montrer sa présence, de peur de s’imposer et de trébucher, et de perdre la confiance que l’autre avait en lui. Cette petite once de lumière qui lui donne la force d’affronter une fois de plus, se lancer à nouveau sur la brèche, pour voir des lendemains qu’il sait par avance désenchanteurs.
Un désenchantement, c’est ce qui se trame derrière ses grands yeux marron qui semblent si triste. Alors qu’il aimerait lui dire combien elle l’ensorcelle, la charmante qui le hante. Mais ça, il ne le peut pas. Par son éducation, son égoïsme, ou sa peur.
Alors, Thomas sourit, et, dans un tremblement traître qui ne transparaît que dans sa main, il murmure ce simple mensonge :


« Mais si, tout va bien »

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