lundi 16 avril 2012

Rêveries Indochinoises suite 3

Âmes sensibles, s'abstenir ?


Les milliers de sons de la vie nocturne se font entendre à travers les stores. Croassement des énormes crapauds, couinement furtif d’un rongeur, chant délicat des grillons et des libellules. J’exhale la fumée de la cigarette, avant de l’écraser parmi ses condisciples dans un cendrier de cristal noir.
Il fait chaud dans la chambre, je suis à l’aise, torse nu, à contempler le lourd panka de bambou qui craque régulièrement, à chacun de ses tours qui évente à peine la pièce. Mes paupières sont à moitié assoupies, elle fixe le mur blanc, la bibliothèque en tek avec ses ouvrages reliés de cuirs et ses bibelots endormis. Souvenir de l’enfance, un croiseur en maquette délicatement posé sur un socle de bois verni.

Le sommeil ne veut pas me prendre, comme si mon corps attendait quelque chose. J’hésite à tirer une nouvelle cigarette. A ma montre, il est quatre heures trente. Je joue avec le paquet d’anglaise, le faisant rouler sous mes doigts. 

La porte grince, une lumière dans le couloir s’éteint dans un souffle. Je me redresse sur mon lit. Dans la lumière terne de la lune, son corps, si bien connu, se découpe. Je pourrais dessiner de mémoire les courbes qui se montrent à moi dans ce léger voile de soie. Je retiens mon souffle. Elle s’approche, sans faire un bruit, enfonçant ses pieds délicats dans le tapis d’Iran. 

Elle est à côté de mon lit. Je dois dire quelque chose, faire quelque chose. Elle pose un de ses doigts chauds sur mes lèvres. Elle se penche vers moi, sa robe diaphane largement échancrée, je me perds dans les contours de sa beauté. Ses lèvres cherchent les miennes, j’ai un mouvement de recul, dernière once d’honneur, mais elle se jette sur moi, manquant tomber. Mon corps réagit d’instinct, mon bras la retient. Sa langue, avide, baise mes lèvres, s’insinue entre mes dents, joue avec la mienne. Le baiser dure une éternité. Elle se glisse sur mon corps, embrasse mes pectoraux, mes seins, mes abdominaux, arrachant le reste de mes vêtements. Elle est une lionne dévorant sa proie, une araignée saisissant dans ses rets le petit insecte. Elle me domine, elle est mienne. Dans une semi léthargie, je réagis, pure dignité de mâle. Je la retourne sur les draps blancs. J’arrache son voile, je saisis ses tétons, j’embrasse sa gorge neige, son ventre plat et opalin. C’est une lutte féroce de deux animaux en rut, la guerre éternelle de l’amour. Sans fioriture, deux corps s’abimant l’un dans l’autre, sans grâce ni sentiments. La passion à l’état brut. 
La vie ?

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